La CCR se donnait pour vocation de devenir la porte d’entrée de l’économie sociale et solidaire (ESS) sur Marseille : un espace de 2000 à 2500 m² en centre-ville, concentré d’innovations écologiques, regroupant des commerces issus du monde de l’ESS où chacun pourrait trouver des produits de qualité pour se nourrir, se restaurer, s’habiller, entretenir son habitation, voyager solidaire, ainsi qu’une centaine de bureaux permettant de loger les associations de l’ESS dans de bonnes conditions.

 

Ouvert et accessible à un large public, ce lieu devait offrir une nouvelle centralité aux consommateurs, de plus en plus nombreux, ayant pris conscience qu’en achetant un bien ou un service, ils déterminent aussi les conditions de travail de ceux qui les produisent et les vendent, le respect ou non de l’environnement ; des consom’acteurs ayant compris que leurs achats quotidiens pouvaient avoir un impact sur nos sociétés.

 

En améliorant la visibilité et la lisibilité de cette offre alternative, ce lieu devait également permettre de soutenir activement les acteurs engagés pour une économie plus responsable, en mettant concrètement en œuvre une logique de mutualisation permettant un changement d’échelle. Après une longue naissance ayant permis, à force de conviction, de mettre la consommation responsable, le ‘bio’, les filières courtes, les produits socialement responsables sur le devant de la scène… passer à une nouvelle étape : grandir.

 

Ce projet un peu fou, initié par des acteurs de l’ESS au mois de février 2010, ne verra cependant pas le jour.

 

Les moyens semblaient pourtant à la mesure des ambitions :

  • un partenariat déterminant avec la société étic, une structure dédiée à l’immobilier responsable partageant nos valeurs, capable de réunir 4 à 5 millions d’euros pour l’acquisition et la rénovation écologique d’un bâtiment, puis de gérer ce centre dédié à l’ESS ;
  • la mobilisation d’une cinquantaine d’acteurs économiques et associatifs de la région PACA et au-delà, dont plusieurs têtes de réseaux de l’ESS (APEAS, Inter-made, CRESS) ;
  • le soutien financier, sur trois ans, du Conseil Régional PACA, du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, de la Fondation MACIF et de la Fondation Un monde par Tous ;
  • enfin une association, REGAIN, mettant à disposition deux personnes qualifiées à mi-temps dédiées au développement de ce projet.

 

Portant, force est de constater que malgré les efforts développés, les partenariats noués… et parfois dénoués, la quinzaine de pistes foncières envisagées dont trois de façon approfondies… la perle rare recherchée est restée introuvable. Nous n’avons pas trouvé ce bâtiment à rénover de 2000 à 3000 m² de surfaces pouvant être réparties entre commerces et bureaux, situé en centre-ville dans un quartier attractif sur le plan commercial à un coût compatible avec l’économie des acteurs marseillais.

 

Certaines raisons sont à chercher du côté local, comme l’opacité et la difficulté d’accès au marché immobilier de notre métropole méditerranéenne. Mais d’autres, à coup sûr, pourraient être les mêmes dans d’autres villes françaises ou européennes : la difficulté pour des acteurs de l’ESS économiquement fragiles et ayant peu de capitaux propres à prendre un risque et à le tenir dans la durée pour changer d’échelle ; la difficulté, sans doute, à mobiliser le niveau d’expertise suffisant pour développer un « centre commercial » alternatif face à une concurrence de promoteurs et de grandes enseignes ayant des moyens autrement plus développés ; la difficulté, enfin, à construire un modèle économique viable partant de la volonté de construire un gros acteur solide (un « centre de profit » ?) à partir de la réunion de petits acteurs fragiles.

 

Regain travaille actuellement à rapport de capitalisation pour retracer l’histoire de cette aventure collective, et en analyser les différents facteurs de réussite et d’échec : il présentera les principaux éléments de méthodologie employés, le montage juridique et financier envisagé et la désespérante quête du foncier ayant conduit à l’arrêt du projet. Ce, dans une perspective comparative, c’est-à-dire en analysant conjointement d’autres expériences similaires en France – abouties ou échouées – afin d’en tirer des enseignements pour les prochaines batailles à mener.

 

D’ores et déjà, le compte-rendu du 9ème COPIL présente les raisons essentielles ayant conduit à l’arrêt du projet.

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